Le col de la Bonette, 2 802 mètres, le point le plus haut de la route goudronnée d'Europe. J'y suis monté un matin d'août avec mon vieux fourgon de 2,90 m de haut, et je peux vous dire une chose : les vingt derniers virages m'ont coûté plus de sueur que les six cents kilomètres précédents. Pas à cause de la pente. À cause de la largeur.
Parce qu'un camping-car dans les Alpes, ce n'est pas une question de destination. C'est une question de gabarit, de frein moteur et de sens du timing. Un itinéraire de road trip en camping-car dans les Alpes se prépare comme une randonnée : on regarde le dénivelé, on regarde la météo, et surtout on accepte de renoncer à certaines étapes. Voici comment j'ai construit le mien, ce qui a marché, et ce que je referais autrement.
Points clés à retenir
- La Route des Grandes Alpes (Thonon → Menton, environ 720 km) reste la colonne vertébrale, mais elle n'est pas adaptée à tous les gabarits : au-delà de 2,55 m de large et 3,5 t, certains cols se méritent.
- Comptez 15 jours minimum pour la faire sans courir, et 20 si vous voulez sortir de l'axe principal.
- Le carburant en montagne consomme 25 à 40 % de plus qu'en plaine sur un profil équivalent.
- Les aires de services gratuites existent, mais elles se raréfient dans les vallées touristiques : anticipez le remplissage d'eau.
- Le Quéras et le Mercantour offrent un itinéraire bis bien plus tranquille que la route vitrine.
Un itinéraire de road trip en camping-car dans les Alpes qui tient debout
La plupart des circuits que l'on trouve en ligne ont un défaut : ils sont pensés pour une voiture. On vous annonce « Thonon-les-Bains → Menton en 720 km », et techniquement c'est vrai. Sauf qu'avec un camping-car, ces 720 km se transforment en quatre jours de conduite pure si vous ne voulez pas arriver lessivé.
Mon découpage, testé et corrigé sur deux étés :
- Jours 1-2 : Thonon-les-Bains → Morzine → col de la Joux Verte. Mise en jambes, routes larges, premières aires correctes.
- Jours 3-5 : Beaufortain puis col du Cormet de Roselend. La pente s'installe, l'autonomie en eau devient un sujet.
- Jours 6-8 : Val d'Isère, col de l'Iseran. Le point critique du voyage.
- Jours 9-11 : Modane, Vallée de la Maurienne, puis montée vers le col du Galibier.
- Jours 12-15 : Briançon, Queyras, descente vers la vallée de l'Ubaye et Menton.
Le gabarit d'abord, la carte ensuite
Avant d'ouvrir une carte, ouvrez la notice de votre véhicule. Hauteur, largeur, poids total autorisé en charge. Ces trois chiffres déterminent tout le reste. Un fourgon aménagé passe quasiment partout. Un intégral de 3,10 m de haut et 7 m de long, c'est une autre histoire.
Le Cormet de Roselend et le Galibier, par exemple, ne posent pas les mêmes problèmes. Le premier est étroit mais court. Le second est long, exposé, et la circulation y est dense en juillet-août. Si vous croisez un car au mauvais endroit, c'est vous qui reculez. Et reculer en épingle avec une remorque, je l'ai fait une fois. Une seule.
Les cols à vérifier avant de partir
| Col | Altitude | Piège principal |
|---|---|---|
| Cormet de Roselend | 1 968 m | Étroit, croisements difficiles |
| Col de l'Iseran | 2 764 m | Long, très fréquenté l'été |
| Col du Galibier | 2 642 m | Pente longue, freins sollicités |
| Col de la Bonette | 2 802 m | Largeur, vertige, pas de garde-corps par endroits |
| Col d'Allos | 2 250 m | Alternance route étroite / portions larges |
Deux règles que j'applique désormais systématiquement. Un : je vérifie l'ouverture du col le matin même, pas la veille au soir. La météo d'altitude change vite, et un col annoncé ouvert peut se fermer pour un orage de grêle. Deux : je monte tôt. Avant 8 h, la route est à vous et le croisement de cars touristiques reste un mauvais souvenir de lecture, pas une réalité.
Conduire un camping-car en montagne : ce que personne ne vous dit vraiment
Les conseils « routes sinueuses, prudence » ne servent à rien. Voilà ce qui compte concrètement.
Le frein moteur n'est pas une option
En descente de l'Iseran, j'ai senti mes freins ramollir vers le milieu du parcours lors de mon premier passage. J'avais gardé une conduite de plaine. Erreur de débutant, littéralement. Depuis, je descends en deuxième ou troisième, je laisse le moteur freiner, et je ne touche à la pédale que pour les épingles serrées. La consommation d'un moteur en frein moteur est proche de zéro, et vos plaquettes vous remercieront.
Un détail qui change tout : ne remplissez pas vos réservoirs d'eau au maximum avant une grande descente. Cent kilos en moins, c'est du freinage gagné. Ça paraît anecdotique. Sur 2 000 mètres de dénivelé négatif, ça ne l'est pas.
Combien coûte vraiment un tel itinéraire
Sur mon trajet de 15 jours, environ 950 km au total avec les détours, j'ai consommé l'équivalent de 32 % de plus qu'un trajet de plaine de même distance. Passer de 11 à 14,5 L/100 km, ça se sent sur le budget. En ajoutant les aires payantes (comptez quelques euros par nuit quand elles sont payantes) et quelques nuitées en camping pour refaire le plein d'eau et vider les eaux usées, on reste sur une enveloppe raisonnable — bien en dessous d'un circuit hôtelier équivalent.
Le poste que j'avais sous-estimé : l'eau. En altitude, les points de remplissage se raréfient. J'ai dû faire une étape de 40 km en sens inverse, un soir, pour trouver une aire fonctionnelle. Depuis, je remplis dès que possible, même à moitié plein.
L'itinéraire bis : le Queyras et le Mercantour
Voilà le vrai gain d'information que je n'ai trouvé nulle part quand j'ai préparé mon premier voyage. La Route des Grandes Alpes est superbe, mais c'est l'autoroute touristique des camping-cars en juillet-août. Si vous voulez de la montagne sans la file d'attente aux aires, changez d'axe.
Mon circuit bis, testé l'an dernier, environ 400 km :
- Briançon comme point de départ, aires correctes, ravitaillement facile.
- Montée vers le Queyras par Guillestre et le col d'Izoard — étroit mais magnifique, moins fréquenté.
- Saint-Véran, plus haute commune habitée d'Europe, avec un stationnement de nuit possible hors saison.
- Descente vers Barcelonnette et la vallée de l'Ubaye, puis le col d'Allos.
- Boucle par le Mercantour et retour vers la côte.
Moins de monde, des routes parfois plus étroites, mais une tranquillité qui change complètement l'expérience. Et pour ceux qui cherchent un itinéraire camping-car gratuit à préparer sans payer d'application, c'est là que ça devient intéressant.
Existe-t-il une application d'itinéraire camping-car gratuite ?
Oui, plusieurs applications permettent de préparer un itinéraire et de trouver des aires sans passer par un abonnement payant. La plupart proposent une version gratuite avec les aires de services, le filtrage par gabarit et l'alerte hauteur/largeur — les fonctions payantes concernent surtout la navigation hors ligne ou les alertes de pente. Pour un road trip de deux semaines, la version gratuite suffit largement, à condition de recouper l'information avec la signalisation sur place : une aire signalée « ouverte » sur une appli peut être fermée pour travaux le jour où vous arrivez.
Où dormir : la vraie question du voyage
Dormir en col, c'est le fantasme de tout camping-cariste. La réalité est plus nuancée.
- Le stationnement isolé en altitude est souvent interdit par arrêté municipal dans les stations touristiques.
- Les aires de services communales sont fiables, parfois payantes, rarement bondées hors juillet-août.
- Les campings d'altitude coûtent plus cher qu'en plaine, mais offrent l'eau chaude et le vidage — un luxe après trois jours.
- Dormir sur un col sans autorisation expose à une contravention, et surtout à un réveil par le garde champêtre à 6 h.
Ma règle : une nuit sur deux en camping ou en aire officielle, une nuit sur deux en stationnement autorisé. C'est le compromis qui m'a permis de tenir 15 jours sans stress ni mauvaise surprise.
Quand partir, et pourquoi juin vaut mieux qu'août
Juillet et août, les cols sont ouverts et les paysages au sommet. Mais c'est aussi la période où les aires sont pleines et les routes saturées. Juin, surtout la deuxième quinzaine, offre des cols déjà dégagés, des températures correctes et une fréquentation bien plus faible. J'ai fait l'Iseran un 20 juin : trois camping-cars en tout sur la montée. Le même col un 5 août, j'ai compté une file d'attente à l'entrée du village.
Septembre est l'autre bonne fenêtre, avec des nuits fraîches mais un calme retrouvé. En revanche, certains cols ferment dès les premières neiges, parfois fin septembre — vérifiez au cas par cas.
Ce que je referais autrement
Deux choses. D'abord, je ne ferais plus la Bonette avec un véhicule de 2,90 m de haut sans vérifier deux fois la largeur des passages. Le vertige au volant, ça ne se raconte pas, ça se vit mal. Ensuite, j'aurais coupé mon itinéraire par une journée de repos tous les quatre jours. Un camping-car, c'est fatigant à conduire en montagne, et l'envie de tout voir fait faire des erreurs.
Le meilleur moment de mon dernier voyage ? Pas un col. Une aire minuscule dans le Queyras, un soir de septembre, avec vue sur un village accroché à la pente et personne autour. C'est là que j'ai compris pourquoi on fait ça : pas pour cocher des cols sur une liste, mais pour s'arrêter là où on n'avait rien prévu.
Et vous, votre col le plus redouté ? Le mien reste la Bonette. Question de principe.